Idra Lemming solo show 


Les collectifs Dinner Party Network et Zabriskie Point ont organisé une résidence collective, autogérée et en mixité choisie san homme cis-genre qui s’est tenue du 22 août au 5 septembre 2019 à Genève. Sur le principe de l’invitation et non de la candidature, plusieurs artistes et chercheuses se sont vu.e.x.s proposer d’y participer en se basant sur le manifeste suivant.



Questionnons les rapports de domination en oeuvre dans l’Art et son monde.
Approprions-nous ce territoire de potentielle liberté, pour qu’il ne soit plus un levier supplémentaire du pouvoir, un facteur d’élitisme ou un prétexte à la gentrification.
Cessons d’envisager l’art comme une activité spécialisé dissociée de la vie, dans un contexte social où il est considéré comme un privilège de classe.
Subvertissons à la domination institutionnelle, patriarcale et
capitaliste.
Ne produisons plus dans le seul but de nous vendre ou d’obtenir
de la reconnaissance.
Prenons ensemble conscience du contexte d’aliénation qui nou est propre, nous qui sommes artistes.
Constituons-nous comme force collective de décision quant  nos devenirs de créatri.x.ces.eurs, de chercheu.x.ses.eurs et de penseu.x.ses.eurs.
Refusons l’injonction d’entrer en compétition avec nos pairs e de nous hiérarchiser selon la réussite que l’on nous accorde en fonction de notre visibilité ou de la valeur marchande de notre production.
Affranchissons-nous de la dépendance aux institutions pou prétendre à l’espace et au temps dont nous avons réellemen besoin pour travailler et créons librement, par nos propre moyens.



Cette ancienne station de zoologie universitaire, abandonné pendant plusieurs années puis occupée en 2012 par un collecti de militant.e.x.s, est aujourd’hui un lieu d’habitation collectif ou vivent et s’organisent une quinzaine de personnes. Le lieu
accueille aussi un certain nombre d’ateliers équipés, notammen de couture, de sérigraphie, de travail du bois et du fer, de réparation de vélos, une salle de répétition musicale, une salle de sport, et une salle de concerts. Nous avions à notre disposition une aile vide de la maison et c’est ici qu’à mesure de réflexions et de discussions s’est dessiné un projet pluriel et ramifié.

Durant ces deux semaines, Manon Montravers, Mina Squalli, Louis Bonpaix, Chloé Desmoineaux, Iris Lafon, Louise Nelson, Fanny Durand, Constance Brosse et Charlotte Carteret ont cohabité et travaillé dans l’enceinte de la maison collective du 154 route de Malagnou.

L’espace d’art de Zabriskie Point, un ancien kiosque de tramway situé au centre ville, nous était aussi dédié pendant la résidence.

En guise de prétexte et contrainte de création, nous avon décidé de prendre part à la Rainbow Game Jam, dont les dates concordaient avec celles de la résidence. Chaque année, ce concours international de jeu vidéo queer et amateur propose un thème conducteur que les participant.e.x.s sont invit.é.e.x.s à s’approprier au sein d’une production spécialement imaginée pou l’événement.
La thématique de l’édition 2019, « communauté », faisait écho à nos propres préoccupations. Durant nos échanges, l’idée de se constituer avant tout comme collectif de réflexion et de création durant les deux semaines qui nous étaient imparties, puis de faire disparaître nos nom derrière une identité commune est très vite apparue. Notre avatar s’appelait Idra Lemming et s’apprêtait à célébrer son tout premier solo show genevois.

Pour suivre Idra Lemming sur Instagram :
https://www.instagram.com/idra_lemming/

Ce solo show était pensé comme un parcours, une exposition en deux temps, concordant aux deux espaces que nous avions à notre disposition. Zabriskie Point, première étape du parcours accueillait « Cunhydra » un jeu vidéo où le.la.x spectateur.rice.x est invité.e.x à mettre à mort un monstre à neuf têtes de lapin, librement inspiré de l’hydre de Lerne. Le lieu avait été aménagé, pour l’occasion, en simulacre de pop up store ; nous avions la volonté de nous emparer, pour cette
présentation du jeu, d’un certain nombre de codes et de stratégie commerciales employés par l’industrie vidéo-ludique. Les diverse fenêtres du kiosque avaient été occultées par un ensemble de tentures noires, barrant la vue de l’espace intérieur, une manière d’appeler la curiosité des passants. Deux énormes affiches sur lesquelles figuraient l’emblème de « Cunhydra » encadraien l’entrée, signalant le lancement d’un produit mystérieux, notre jeu. Nous-mêmes, artistes, abordions des chasubles assortis à ces posters et, jouant les agent.e.x.s d’accueil, invitions à s’aventure au sein de Zabriskie, quiconque s’était laissé.e.x attirer par notre stratagème.

Une version du jeu « cunhydra » est disponible via ce lien :
https://chloe-piaf.itch.io/cunhydra

En s’engageant à l’intérieur du kiosque, les visiteur.se.x.s se retrouvaient nez à nez avec la projection de notre hydre à têtes de lapin, Cunhydra, une bête bavarde qui accostait son auditoire sans relâche, à force de déclarations sibyllines. Mais, en entrant, les visiteur.se.x.s activaient également un dispositif dissimulé sou un paillasson : à chaque pied posé sur le mécanisme, Cunhydra à l’écran, vacillait, laissant très vite comprendre au public qu’iel était responsable de cette interaction. Piétiner à répétition le paillasson entrainait, de fait, la mise à mort progressive de l’hydre,
qui finirait rouée de coups puis brûlée vive. Une fois Cunhydra vaincue, un message de victoire des plus ambigu s’affichait : « Renseigne-toi ».
À la sortie, le public se voyait remettre une enveloppe vide, sur laquelle était imprimé au recto « You win no choice » et au verso, de nouveau, cet étrange « Renseigne-toi ».
Ce dernier message faisant référence à la manière dont certains lieux à Genève communiquent sur leurs événements publics, forcés de contourner la législation du bureau du commerce en matière d’événementiel et de débit de boissons.

Le public était alors encouragé à se rendre à la seconde partie du vernissage, se déroulant au 154 route de Malagnou. L’aile de la maison de Malagnou était, quant à elle, investie par une installation sonore à trois sources de diffusion, un dialogue
sur nos propres situations, constitué de bribes des discussions que nous avions eu tout au long de la résidence ainsi que d’extraits de textes sélectionnés par nos soins, ici prononcés par une voix de synthèse informatique. Les trois enceintes disposées sur pieds, à hauteur de tête et reparties dans différentes pièces de l’aile, se répondaient ainsi, comme pour imiter certaines formalités mondaines.

Dans tout l’espace était disséminée une édition, à l’état de fragments, que le public était invité à prélever pour emplir l’enveloppe distribuée à Zabriskie Point.
Les visiteur.se.x.s un tant soit peu attentif.ve.x aux divers bribes et fragments ainsi éparpillés pouvaient reconnaître certaines phrases prononcées par Cunhydra à Zabriskie, cette fois-ci recontextualisées.

En opposition ou plutôt comme un glissement vis à vis de la proposition faite à Zabriskie, qui avait été envisagée comme lieu où s’exprimaient les évidences, où se rejouaient certaines formes d’aliénation liées aux injonctions du « monde de l’art », se
dévoilait ici tout ce qui constitue habituellement le hors-champ. Atteindre celui-ci demandait une série d’efforts : se déplacer jusqu’à Malagnou, observer, enquêter, se renseigner. Seul un certain acharnement révélait la véritable nature de ces diverses
agrégats de textes et de voix présentés : celle d’être les vestiges d’une utopie en construction. Puisque c’est bien une utopie, façonnée par nos doutes, nos inquiétudes, nos questionnements, qu’avait abritée cette aile abandonnée de la maison de Malagnou, deux semaines durant.

Téléchargez l’édition du projet ici.

Une captation vidéo de l’installation du 154 route de Malagnou
peut se regarder et s’écouter ici :